L’Association camerounaise des traducteurs et interprètes de langue chinoise (ACTILC) a tenu sa première grande assemblée ordinaire le 21 décembre dernier à Yaoundé. Entre exigences salariales et structuration du métier, les professionnels entendent désormais imposer leurs conditions face à l’expansion économique chinoise.
Le quartier Hippodrome de Yaoundé a vibré dimanche dernier au rythme des échanges de l’ACTILC, dont les membres se sont réunis à l’Urban Space pour une rencontre historique. Le constat de départ est amer : alors que les chantiers et les entreprises chinoises fleurissent à travers le pays, les traducteurs locaux, pourtant indispensables à cette coopération, s’estiment délaissés. Pour Franck Deval Fouotsop, président de l’association, cette mobilisation vise avant tout à sortir une profession stratégique du flou de l’informel pour lui redonner sa dignité.
L’enjeu majeur de cette assemblée résidait dans la lutte contre des rémunérations jugées indignes. Le président a rappelé une réalité brutale où certains experts percevaient encore des salaires mensuels compris entre 50 000 et 100 000 FCFA, malgré une charge de travail écrasante. Pour corriger ces abus, l’ACTILC a engagé une montée en puissance de ses recommandations tarifaires. Après avoir fixé un plancher à 400 000 FCFA en 2024, l’organisation recommande désormais un salaire minimum de 500 000 FCFA dès cette année. Bien que ce montant puisse surprendre dans le contexte local, il est présenté comme le juste prix de la technicité et de la résilience exigées par le secteur privé.
Au-delà de la bataille des chiffres, cette réunion a servi de pont entre les générations. Des traducteurs chevronnés, forts de quinze ans d’expérience, ont partagé leurs secrets de terrain avec des étudiants et de jeunes diplômés. Les discussions ont abordé l’éthique professionnelle, la préparation aux entretiens d’embauche et la nécessité de changer de mentalité pour mieux négocier sa valeur. Francis Nsom, l’un des participants, s’est réjoui de cette transition des forums virtuels vers une rencontre physique, essentielle pour bâtir une solidarité réelle.
L’avenir de la corporation se dessine désormais vers une organisation encore plus rigoureuse. L’ACTILC ne compte pas s’arrêter à cette seule assemblée et projette déjà la création d’une Fédération camerounaise des traducteurs et interprètes. Ce projet de grande envergure permettrait de fédérer toutes les langues et de devenir un interlocuteur de poids face aux entreprises étrangères, garantissant ainsi que le développement économique du pays ne se fasse plus au détriment de ses experts linguistiques.
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