Le football africain a parfois le goût des récits bibliques. Celui qui s’est écrit lors de l’élimination de l’Afrique du Sud par le Cameroun à la CAN 2025 en est une illustration saisissante. Face à Hugo Broos, dernier sélectionneur à avoir offert une Coupe d’Afrique des Nations aux Lions Indomptables et artisan de la qualification des Bafana Bafana pour la Coupe du monde devant le Nigeria, David Pagou apparaissait comme un outsider presque sacrifié d’avance.
Le CV du technicien belge imposait le respect. Vainqueur de la CAN 2017, tombeur de l’Égypte sur ses terres et auteur d’un succès retentissant face au Maroc, première sélection africaine demi-finaliste de la Coupe du monde, Hugo Broos semblait incarner l’expérience et la maîtrise absolue des joutes africaines. À l’opposé, David Pagou, nommé sans tambour ni trompette, souvent caricaturé comme un entraîneur sans aura internationale, devait diriger un groupe que beaucoup jugeaient fragile face à une Afrique du Sud en pleine confiance.
Pourtant, sur le terrain, la hiérarchie supposée a volé en éclats. Avec une organisation rigoureuse, une discipline tactique assumée et une lecture intelligente des temps forts et faibles, le Cameroun a résisté à la pression sud-africaine avant de frapper avec efficacité. Cette victoire n’a pas seulement mis fin à une longue série d’invincibilité des Bafana Bafana face aux Lions Indomptables ; elle a surtout symbolisé la revanche du travail de l’ombre sur les certitudes établies.
En cinq rencontres officielles à la tête de la sélection, David Pagou affiche désormais un bilan éloquent : trois victoires, deux matches nuls et aucune défaite. Des chiffres qui traduisent une stabilité retrouvée et une dynamique positive, dans un contexte pourtant marqué par le scepticisme et la critique. Plus qu’un succès ponctuel, cette performance réhabilite une approche fondée sur l’humilité, la rigueur et la cohésion collective.
En éliminant l’Afrique du Sud de Hugo Broos, le Cameroun n’a pas seulement franchi un tour supplémentaire à la CAN 2025. Il a envoyé un message clair : l’histoire du football ne s’écrit pas uniquement avec des palmarès et des réputations, mais aussi avec la capacité à croire, à résister et à saisir sa chance. À l’heure où les Lions Indomptables s’apprêtent à défier le Maroc en quart de finale, cette victoire résonne comme un acte fondateur, celui d’une équipe qui a retrouvé la foi en elle-même.
T. C




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