
Le Ministre Délégué à la Présidence chargé de la Défense, Joseph Beti Assomo, a présidé ce mercredi 8 avril 2026 à Yaoundé, une cérémonie de signature de conventions avec trois géants industriels. Entre blindage tactique et haute technologie balistique, le pays de Paul Biya accélère sa mue vers une autonomie stratégique inédite en Afrique centrale.
L’ambiance dans la salle des actes du ministère de la Défense (Mindef), ce mercredi après – midi , n’était pas seulement aux salamalecs d’usage. Elle était à la stratégie pure.
Sous les ors de la République et devant un parterre d’officiers généraux, de diplomates et de membres du gouvernement (Minepat, Minfi), Joseph Beti Assomo a apposé sa signature au bas de documents qui pourraient bien changer la face de l’outil de défense camerounais.
SOTRABUS, Cameroon International Business (CIB) et Accenture Technologies : trois noms pour trois piliers d’une architecture militaro-industrielle que Yaoundé appelle de ses vœux depuis 2022.
Sortir du « tout-importé »
Pour le Mindef, le constat est lucide, presque froid : « La véritable souveraineté ne se déclame pas de manière incantatoire. Elle se construit ». Dans un contexte marqué par la persistance de la menace Boko Haram à l’Extrême-Nord et les défis sécuritaires dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, le Cameroun veut briser les chaînes de la dépendance extérieure. Finie l’époque où le moindre boulon de blindé ou le plus simple casque balistique devait franchir les océans avant d’équiper le soldat au front.

Le Colonel Ondanga Japhet Sylvain, Directeur des Matériels Interarmées (DIRMATIA), a détaillé la feuille de route. Le projet le plus spectaculaire est sans doute celui confié à SOTRABUS. Le constructeur basé à Douala va transformer des châssis civils (Toyota Land Cruiser) en unités blindées tactiques répondant au standard international STANAG 4569 niveau BR6. Une montée en gamme pour l’industrie automobile locale qui va désormais devoir protéger la vie des personnels engagés sur les théâtres d’opérations.
L’acier et la puce
Mais la souveraineté passe aussi par les entrailles de la machine. Cameroon International Business (CIB) est chargé de mettre sur pied une usine de production de pièces mécaniques. L’objectif ? Garantir la « disponibilité technique ». En clair, réduire le temps d’immobilisation des véhicules militaires grâce à une maintenance endogène.
Le volet protection individuelle n’est pas en reste. Accenture Technologies s’attaque au segment de la haute protection avec une unité de fabrication de casques et de gilets pare-balles munis de plaques balistiques de niveau IV. Avec une projection de 25 000 unités par an d’ici trois ans, le Cameroun ne se contente plus de consommer de la sécurité ; il commence à la produire.
Un enjeu de balance commerciale
Derrière les uniformes et le métal, pointe une logique économique que n’auraient pas reniée les experts de la SND30 (Stratégie Nationale de Développement). En misant sur l’import-substitution version kaki, l’État espère réduire ses pertes en devises et stimuler la création d’emplois qualifiés pour la jeunesse.
Pourtant, le défi reste immense. Joseph Beti Assomo n’a d’ailleurs pas manqué d’exhorter ses partenaires à la « rigueur et au professionnalisme ». Car si le partenariat public-privé (PPP) est ici présenté comme une « pierre non négociable » de l’émergence, son succès dépendra de la capacité du tissu industriel local à absorber des transferts de technologie complexes.
En quittant la salle sous les regards des anciens footballeurs et des diplomates présents, une certitude flottait dans l’air de Yaoundé : le Cameroun vient de poser les jalons d’une armée qui ne se contente plus de brandir son « Honneur et Fidélité », mais qui forge désormais les outils de sa propre liberté.
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